Muse Spark Open : le modèle ouvert de Meta tourne sur Mac, et l’Europe n’est plus exclue
Muse Spark Open est sorti le jeudi 15 octobre 2026, et Meta renoue avec les poids ouverts pour un très gros modèle : 816 milliards de paramètres, du texte, des images, du son et de la vidéo en entrée, un million de jetons de contexte. Le jour même, Apple publiait ses mesures du modèle tournant sur des Mac Studio, et Mark Zuckerberg et John Ternus, le patron d’Apple, se félicitaient en public. C’est assez rare pour être noté.
Pour un lecteur français, trois questions comptent plus que la poignée de main. Quelle machine faut-il ? Que dit la licence ? Et l’Union européenne est-elle encore mise de côté, comme avec les modèles multimodaux de Llama ? Réponse courte à la dernière : non.
Muse Spark Open : ce que Meta a vraiment publié

Meta le présente comme la version à poids ouverts de Muse Spark, son modèle maison. Sur le papier, c’est un mélange d’experts : chaque couche contient 256 petits réseaux spécialisés, et un aiguilleur n’en sollicite que 8 pour chaque jeton. Résultat, environ 42 milliards de paramètres travaillent à chaque mot produit, sur 816 milliards stockés. La contrepartie : les 256 experts doivent rester en mémoire, tous.
Selon le dépôt officiel sur Hugging Face, le modèle lit du texte, des images, de l’audio et de la vidéo, mais ne répond qu’en texte. Meta l’a entraîné pour le code et les agents : lire un dépôt entier, appeler des outils, constater un échec et recommencer autrement. Le billet de recherche de Meta montre des correctifs livrés sur une application iOS et un logiciel de montage vidéo piloté de bout en bout, sur la machine locale.
Détail pratique : le raisonnement ne se coupe pas. Vous réglez son intensité, de « low » à « xhigh », et le défaut est le plus gourmand. Pour une question simple, baissez-le, sinon vous payez (en temps ou en jetons) une réflexion inutile.
En août, Meta avait déjà publié Muse Glimmer, 30 milliards de paramètres, sous licence Apache 2.0. Muse Spark Open joue dans une autre catégorie, sa licence aussi. Pour situer ce lancement dans l’année, notre récapitulatif des sorties de modèles de 2026 refait le calendrier.
Sur Mac avec MLX : deux Mac Studio, pas un MacBook
Douchons tout de suite un espoir : ce modèle ne tourne ni sur un portable ni sur un Mac Studio de base. En précision d’origine (BF16), les paramètres occupent plus de 1,6 To. Dans la version compressée sur 4 bits que Meta publie (NVFP4), il reste environ 493 Go, selon la publication technique d’Apple. Ajoutez la mémoire de travail du calcul : un Mac Studio de 512 Go ne suffit plus.
La solution d’Apple s’appelle MLX, sa bibliothèque d’apprentissage automatique pour ses puces. La dernière version de MLX découpe le modèle entre plusieurs machines reliées en Thunderbolt 5, via un pilote d’accès direct à la mémoire (RDMA) arrivé avec macOS 26.2. Meta décrit deux configurations dans son guide pour les développeurs : deux Mac Studio M5 Ultra de 512 Go, ou quatre de 256 Go. Dans les deux cas, on arrive à 1 To de mémoire unifiée.

Et la vitesse ? Apple annonce 15,7 jetons par seconde avec deux machines qui se passent le travail couche par couche, 25 quand chaque couche est partagée entre les deux, et 36,7 avec quatre Mac Studio. Ce sont des mesures maison, sur un contexte de 8 192 jetons. Assez pour un agent de code qui travaille pendant que vous relisez, mais loin de l’instantané des services en ligne.
Voie plus modeste : Hugging Face a testé des versions plus compressées sur un seul Mac Studio M3 Ultra de 512 Go, la génération précédente : 304 Go et 18 jetons par seconde en 2 bits avec llama.cpp, environ 344 Go et 21 jetons par seconde en 3 bits avec MLX, d’après le billet de Hugging Face. Plus on compresse, plus on s’éloigne du modèle d’origine, et personne chez Meta ou Hugging Face ne chiffre la perte.
Reste le calendrier. Sur l’Apple Store français, le Mac Studio M5 Ultra démarre à 6 599 euros en configuration de base, et l’option 512 Go est annoncée « disponible fin octobre ». Au 22 octobre, la configuration phare de Meta ne s’achète donc pas encore en France. La formule à quatre machines de 256 Go, elle, se commande déjà. Pour débuter plus modestement, notre guide pour faire tourner une IA en local sur Mac ou PC part de modèles bien plus légers.
La licence Muse : libre d’usage, avec trois conditions
Ce modèle open-weight n’est pas open source au sens strict, et la nuance se lit dans la Muse Model License. Le début ressemble à une licence libre : utiliser, copier, modifier, affiner, distiller, publier, distribuer et même vendre, gratuitement. Meta ne revendique rien sur ce que le modèle produit. Puis viennent les conditions.
La première est banale : joindre la licence et sa politique d’usage aux copies et versions dérivées, et respecter cette politique (ni logiciel malveillant, ni armes, ni désinformation ; pas destiné aux moins de 18 ans). La deuxième se voit davantage : tout produit bâti sur le modèle doit afficher « Built with Muse Spark Open », dans l’interface, la documentation, le site ou les réglages.
La troisième vise peu de monde, mais compte pour la suite. Si vous revendez l’accès au modèle sous forme de service, par API, et que votre groupe dépasse 20 millions de dollars de chiffre d’affaires sur douze mois, il faut prévenir Meta et signer un accord séparé. L’usage interne, la recherche et l’intégration dans votre propre produit ne sont pas concernés : une PME qui branche Muse Spark Open sur son outil de support n’a rien de plus à négocier.
Le dépôt officiel de Meta passe par un formulaire (nom, date de naissance, pays, organisation) validé à la main. Les versions converties par la communauté pour MLX ou llama.cpp se téléchargent sans formulaire, mais la licence les suit. Si l’arbitrage entre modèles ouverts et modèles propriétaires vous occupe, ces trois conditions sont à verser au dossier.
Depuis la France : l’Union européenne n’est plus exclue
En 2024 puis en 2025, Meta avait écarté l’Europe de ses modèles multimodaux : la politique d’usage de Llama 4, comme celle de Llama 3.2 avant elle, refuse les droits de la licence aux personnes domiciliées et aux entreprises établies dans l’Union. Seuls les utilisateurs finaux d’un produit tiers y échappaient. Pour une start-up parisienne, la porte était fermée.
Rien de tel cette fois. La licence de Muse Spark Open ne contient aucune clause géographique, alors que le modèle est tout aussi multimodal. Elle désigne même son interlocuteur européen : Meta Platforms Ireland pour quiconque se trouve dans la « région européenne », la maison mère américaine pour les autres.
Sans 1 To de mémoire sous la main, reste l’API : Meta liste sept hébergeurs, dont le néerlandais Nebius. Sur OpenRouter, le modèle coûtait au 22 octobre 1,25 dollar le million de jetons en entrée et 4,25 dollars en sortie, exactement le prix de Muse Spark 1.3, la version fermée. Vérifiez où tournent les serveurs avant d’y envoyer des données clients : l’hébergeur reste un sous-traitant comme un autre.
L’argument le plus fort reste l’hébergement chez soi : aucune donnée ne sort, ce qui simplifie le dialogue avec votre délégué à la protection des données. Encore faut-il le faire tourner.
AI Act : l’exception open source s’applique-t-elle ?
Un modèle de cette taille a tout d’un modèle d’IA à usage général au sens du règlement européen. Les obligations de ses fournisseurs s’appliquent depuis le 2 août 2025, et depuis le 2 août 2026 la Commission peut les faire respecter, amendes comprises, rappelle la page de la Commission consacrée à ces fournisseurs. Notre point sur ce qui s’applique déjà de l’AI Act refait le calendrier complet.
L’article 53, paragraphe 2, prévoit une exception : un modèle publié sous « licence libre et ouverte », poids compris, échappe à une partie de la documentation technique. Deux obstacles possibles ici. D’abord, l’exception tombe pour les modèles à risque systémique, présumés au-delà de 10 puissance 25 opérations de calcul (FLOP) pour l’entraînement. Meta ne publie pas ce chiffre.
Ensuite, la licence elle-même. Dans ses lignes directrices du 19 novembre 2025, la Commission cite parmi les restrictions qui disqualifient une licence l’obligation d’obtenir une licence commerciale distincte pour certains usages. La clause des 20 millions de dollars y ressemble beaucoup. Le même texte assimile à une monétisation l’accès conditionné à la collecte de données personnelles, sauf si elle sert strictement la sécurité du modèle. À notre lecture, l’exception paraît douteuse, mais la Commission ne s’est pas prononcée sur ce modèle.
Autre élément : Meta ne figure pas parmi les signataires du code de bonnes pratiques de la Commission. Pour vous, utilisateur, l’enjeu reste limité. Les obligations de fournisseur pèsent sur Meta, et un affinage léger ne fait pas de vous le fournisseur du modèle : selon la Commission, seules les modifications importantes font basculer dans ce rôle.
Face à Muse Wonder : Meta garde son meilleur modèle
Trois jours avant Muse Spark Open, Meta sortait Muse Wonder, son modèle de pointe. Fermé, lui, et facturé 4 dollars le million de jetons en entrée, 20 en sortie (voir notre analyse de Muse Wonder). Le partage est assumé. Alexandr Wang, le responsable de l’IA chez Meta, a expliqué selon Bloomberg que le groupe ne publierait en général pas ses modèles les plus puissants.
Les chiffres le confirment. À l’indice d’Artificial Analysis, qui fait passer les mêmes épreuves à tous les modèles, Muse Spark Open obtient 39 points, contre 48 pour Muse Spark 1.3, 52 pour Muse Wonder et 56 pour Wonder Full. Même prix que Spark 1.3 chez OpenRouter, donc, pour neuf points de moins. Côté modèles ouverts, des modèles chinois restent devant : GLM 5.3 à 45, Kimi K3 à 44 et, d’après le tableau de Meta, Qwen3.8 à 40.
Le slogan de Meta, « le modèle open-weight américain le plus capable », tient donc à condition de bien lire l’adjectif. Sur les épreuves d’agent, sa fiche affiche pourtant 89,2 sur MCP-Atlas (usage d’outils), le meilleur score du tableau. Sur Terminal-Bench 2.1, en revanche, 76,4 contre 85,0 pour Kimi K3. Si vous cherchez un assistant de programmation, notre comparatif des IA pour coder aide à placer ces écarts.
Et l’Europe dans tout ça ? Mistral Large 4, mille milliards de paramètres dont 52 milliards actifs, est en préversion d’API depuis le 6 octobre, et Mistral promet ses poids pour la fin du mois. Dans le tableau de Meta, il ne fait qu’un point de moins que Muse Spark Open. Pour comparer les offres du français, voyez notre article sur Mistral AI face à OpenAI.
Pour qui Muse Spark Open vaut-il le coup ?
Pour un particulier, franchement, pas maintenant. Le matériel coûte le prix d’une voiture, la configuration 512 Go n’est pas encore en vente, et les versions qui tiennent sur une seule machine sont très compressées. Un modèle plus petit fera mieux l’affaire sur un Mac ordinaire.
Pour une entreprise, le calcul change. Une équipe qui veut un agent de code sur ses propres serveurs, sans rien envoyer chez un fournisseur américain, obtient enfin un modèle récent et multimodal, sous une licence qui ne l’exclut pas. Les conditions restent légères tant que vous ne revendez pas le modèle en service. Le rapport d’évaluation complet de Meta est annoncé « bientôt » : en attendant, gardez une validation humaine avant toute action irréversible, comme le recommande sa propre fiche.
Bref, Muse Spark Open n’est pas le meilleur modèle de Meta, et Meta ne s’en cache pas. C’est le plus gros qu’une organisation européenne puisse aujourd’hui télécharger chez Meta et faire tourner chez elle, avec MLX ou sur ses propres GPU. Pour beaucoup, c’est déjà ce qui compte.
Foire aux questions
Muse Spark Open est-il gratuit ?
Le téléchargement et l’usage sont gratuits, y compris commercial. Trois conditions : respecter la politique d’usage de Meta, afficher « Built with Muse Spark Open » dans votre produit, et signer un accord avec Meta si vous revendez le modèle en service par API avec plus de 20 millions de dollars de chiffre d’affaires annuel. Chez un hébergeur d’API, comptez 1,25 dollar le million de jetons en entrée (OpenRouter, 22 octobre).
Peut-on utiliser Muse Spark Open depuis la France ?
Oui. Contrairement aux modèles multimodaux de Llama 3.2 et Llama 4, sa licence n’exclut ni les résidents ni les entreprises de l’Union européenne, et désigne Meta Platforms Ireland comme cocontractant européen. Le dépôt officiel passe par un formulaire validé à la main ; des hébergeurs d’API, dont le néerlandais Nebius, proposent aussi le modèle.
Quel Mac faut-il pour faire tourner Muse Spark Open ?
Pour la version 4 bits de Meta, deux Mac Studio M5 Ultra de 512 Go ou quatre de 256 Go, reliés en Thunderbolt 5, avec MLX. Apple mesure de 15,7 à 36,7 jetons par seconde selon la configuration. Des versions en 2 ou 3 bits tiennent sur un seul Mac Studio de 512 Go. L’option 512 Go est annoncée fin octobre en France.
Quelle différence entre Muse Spark Open et Muse Wonder ?
Muse Wonder est le modèle de pointe de Meta, fermé, accessible par API ou par Muse Code, à 4 dollars le million de jetons en entrée. Muse Spark Open est téléchargeable mais nettement moins performant : 39 points à l’indice d’Artificial Analysis, contre 52 pour Muse Wonder.
Sources
- Commission européenne : lignes directrices à l’intention des fournisseurs de modèles d’IA à usage général
- Commission européenne : lignes directrices C(2025) 7719 du 19 novembre 2025 sur la portée des obligations des fournisseurs de modèles d’IA à usage général (PDF, français)
- AI Act Service Desk (Commission européenne) : article 53 du règlement (UE) 2024/1689
- AI Act Service Desk (Commission européenne) : article 51 du règlement (UE) 2024/1689
- Commission européenne : code de bonnes pratiques pour l’IA à usage général et liste des signataires






