DigUp : retrouver un fichier par son sens, sans le cloud, sur Mac
DigUp retrouve un fichier sur votre Mac à partir de ce qu’il contient, pas de son nom. Vous tapez « un chien sur la plage » ou « la clause sur les animaux dans le bail », et l’application sort la photo, ou la bonne page du PDF, même quand le fichier s’appelle IMG_2359.JPG. Sans rien envoyer sur un serveur.
Gratuite, publiée en open source, elle a eu droit le 13 octobre à un coup de projecteur du compte Google Gemma. D’où une confusion fréquente : ce n’est pas une application de Google. Voici ce qu’elle fait, ce qu’il faut pour l’installer, ce qui reste sur votre machine et ses limites, version 0.6.2 (21 octobre) à l’appui.
DigUp, une recherche sémantique pour les fichiers du Mac
Le principe tient en une phrase : vous décrivez, l’outil trouve. Spotlight, la recherche intégrée à macOS, cherche surtout des mots (dans le nom, le texte, les métadonnées). DigUp cherche aussi dans ce que le fichier montre ou ce qu’il dit. Une photo de zèbre sans légende, une minute de podcast où il est question de sommeil, une capture d’écran d’un « paiement refusé » : tout ça se retrouve en langage courant.

C’est ce qu’on appelle la recherche sémantique : on compare des sens, pas des chaînes de caractères. Et le résultat va plus loin que le fichier : un PDF s’ouvre dans Aperçu à la page qui correspond, une vidéo dans QuickTime au moment où le zèbre apparaît, un enregistrement à la bonne minute.
Les mots exacts comptent quand même. Un numéro de facture, un code d’erreur, un nom propre : l’outil les cherche tels quels, dans les noms de fichiers et le texte des documents, et même dans les captures d’écran sur Mac. Pratique, parce qu’aucun modèle ne « comprend » vraiment un numéro de facture. Pour ouvrir le panneau de recherche depuis n’importe quelle application, le raccourci est ⇧⌘Espace.
Qui édite DigUp ? Un développeur indépendant, pas Google
Le projet est signé Abdur Rahim, un développeur indépendant qui publie sous le pseudonyme ARahim3 sur GitHub. Le dépôt a été créé le 8 octobre 2026, la première version publique (0.6.0) est sortie le lendemain. Le README le dit sans détour : l’application n’est affiliée ni à Google, ni à Apple, ni à Microsoft.
Alors pourquoi ce lien avec Google ? Parce que l’application tourne sur un modèle de Google DeepMind, et que le compte officiel Google Gemma l’a présentée le 13 octobre comme une application open source de la barre des menus, qui apporte une recherche « 100 % locale ». Frandroid y a vu un mauvais coup pour les Googlebook, dont la recherche de fichiers par le sens était l’un des arguments. Google fait la promotion, un tiers fait le logiciel. La nuance compte pour le suivi à long terme.
Côté licence, rien à redire : le code est sous licence MIT, l’application est gratuite et le restera selon son auteur, qui accepte des dons. Au 22 octobre, le dépôt GitHub de DigUp comptait environ 5 450 étoiles, et les trois versions Mac cumulaient près de 11 000 téléchargements. Notre article sur les solutions open source pour garder le contrôle de vos agents pose les mêmes questions de transparence.
EmbeddingGemma 2, le modèle qui fait le travail
Sous le capot, tout repose sur EmbeddingGemma 2, que Google DeepMind a lancé le 6 octobre 2026. Un modèle d’« embeddings » ne génère ni texte ni image. Il transforme un contenu en une liste de nombres, un vecteur, qui joue le rôle de coordonnées : deux contenus de sens proche tombent à côté l’un de l’autre.
La nouveauté de cette version, c’est que texte, images, audio et vidéo partagent un seul espace de 768 dimensions. D’après le billet de lancement de Google, le modèle compte 740 millions de paramètres (270 millions pour le texte, 170 pour la vision, 300 pour l’audio), il est construit sur l’architecture de Gemma 4, comprend plus de 100 langues et sort sous licence Apache 2.0. Sa fenêtre de 8 192 jetons avale jusqu’à cinq minutes et demie d’audio d’un coup.
DigUp fait tourner une version 8 bits d’EmbeddingGemma 2 avec llama.cpp, sur la puce graphique du Mac. Chaque photo, page, passage de texte, image de vidéo ou tranche de 30 secondes de son devient un vecteur rangé dans un fichier SQLite. Quand vous cherchez, votre phrase passe par la partie texte du modèle (environ 250 Mo, chargée le temps de la recherche), puis l’outil prend les vecteurs les plus proches et remonte ceux qui contiennent vos mots exacts.

Les scores et réglages détaillés figurent sur la fiche du modèle sur Hugging Face.
Installer DigUp sur Mac : prérequis et premier passage
Première condition, et elle élimine du monde : il faut un Mac à puce Apple (M1 ou plus récent) sous macOS 14 Sonoma ou une version ultérieure. Les Mac à processeur Intel ne sont pas pris en charge.
Ne cherchez pas DigUp sur le Mac App Store, il n’y est pas. L’application se télécharge en fichier DMG sur la page des versions publiées sur GitHub (0.6.2 à ce jour), puis se glisse dans le dossier Applications. Ceux qui utilisent Homebrew peuvent passer par brew install --cask arahim3/tap/digup. Le DMG est signé par le développeur et notarisé par Apple : Gatekeeper vous demandera seulement une confirmation à la première ouverture.
Cybermalveillance.gouv.fr recommande de ne télécharger logiciels et mises à jour que depuis les sites officiels des éditeurs. Ici, c’est le dépôt d’ARahim3 : méfiez-vous des copies hébergées ailleurs.
Au premier lancement, l’outil télécharge le modèle (865 Mo, une seule fois) pendant que vous choisissez les dossiers à indexer. Il affiche une estimation du temps de lecture. Comptez quelques minutes pour quelques centaines de fichiers, et jusqu’à une heure pour un dossier Téléchargements bien rempli. Ensuite, un nouveau fichier devient cherchable quelques secondes après son arrivée.
Les mises à jour s’installent en un clic, et l’application vérifie une fois par jour s’il en existe une. Pour la désinstaller proprement, supprimez l’application et le dossier ~/Library/Application Support/DigUp, qui contient le modèle et les index. Pour le contexte, voyez notre guide pour démarrer avec l’IA en local sur Mac ou PC.
Confidentialité : ce qui reste sur le Mac, et ce qui en sort
C’est l’argument de vente, et il tient sur le papier. Selon l’éditeur, rien de ce qui est indexé ne quitte l’ordinateur. L’application ne se connecte que pour deux choses : télécharger le modèle, et vérifier les mises à jour une fois par jour (ce qui ne transmet rien sur vos fichiers, et se désactive dans les réglages). Pas de compte, pas de télémétrie.
« Selon l’éditeur », car aucun audit indépendant n’a été publié ; le code ouvert permet au moins de vérifier. Autre bon point : l’outil ne lit que les dossiers choisis, ignore les clés, certificats, fichiers de mots de passe et dossiers cachés comme .ssh, et ne télécharge pas les fichiers restés seulement dans iCloud. Il ne modifie, ne déplace ni ne téléverse rien.
Le point faible, si l’on en cherche un, est ailleurs : l’index lui-même. Ce fichier SQLite contient des vecteurs, mais aussi un index des mots tirés de vos documents : une copie condensée et cherchable de vos dossiers, rangée dans votre Bibliothèque. Le dépôt ne dit rien de son chiffrement. Le chiffrement du disque par FileVault reste la parade de base, comme pour tout outil qui stocke des données en local (voir nos conseils pour sécuriser vos données dans les outils d’IA).
Et le RGPD ? Pour vos photos de vacances, il ne s’applique pas : la Commission européenne rappelle que le traitement strictement personnel ou domestique en est exclu. Si vous indexez des dossiers clients ou des fiches de salariés, l’organisation doit en assurer la sécurité par des mesures techniques et organisationnelles (le chiffrement est cité en exemple). Le traitement local évite un transfert vers un tiers, il ne dispense de rien d’autre. Notre dossier sur l’IA et les données sensibles détaille ces cas.
Les limites de DigUp à connaître avant d’indexer tout le disque
Premier point, l’âge. DigUp a deux semaines. La 0.6.2 a corrigé une consommation de batterie anormale après le premier passage (un dossier réécrit en permanence, ou iCloud Drive et Google Drive, faisait tout rescanner) et une faille de sécurité : avec la recherche de code activée, l’outil lançait git avec la configuration propre au dépôt indexé, qui pouvait désigner un programme. Corrigé et documenté dans un avis public. Mettez à jour.
Deuxième point, la dépendance à une personne. Sur les 12 contributeurs listés par GitHub, Abdur Rahim signe l’écrasante majorité des modifications (182 au 22 octobre). Le rythme des correctifs est soutenu, et plusieurs contributeurs extérieurs ont déjà proposé les leurs. Mais un projet porté par un seul auteur peut s’arrêter du jour au lendemain : le code restera, pas forcément les mises à jour.
Troisième point, les langues. EmbeddingGemma 2 en comprend plus de 100, mais DigUp n’a été évalué qu’en anglais, en bengali et en arabe, et Google prévient que la qualité varie selon les langues. Autrement dit, le français n’a pas été mesuré par l’éditeur. Le texte des captures d’écran passe par la reconnaissance de caractères d’Apple (environ 25 langues), et la recherche de mots exacts ne découpe pas le chinois, le japonais ou le thaï.
Dernier détail qui surprendra les utilisateurs de Photos : la photothèque Photos figure parmi les contenus que l’outil ne lit pas : les réglages la citent parmi les raisons des fichiers non lus. Pour une recherche de fichiers Mac dans vos images, il faut donc qu’elles existent aussi en fichiers dans un dossier. Côté audio, l’outil retrouve un passage mais ne produit pas de transcription ; pour ça, voyez notre méthode pour transcrire un podcast avec l’IA.
Sous Windows et Linux : la bêta de DigUp et les alternatives
Pour ceux qui n’ont pas de Mac : depuis le 14 octobre, DigUp existe aussi en bêta pour Windows 10 et 11 (64 bits) et pour Linux (paquet .deb pour Ubuntu, Debian et Mint récents, ou AppImage). La 0.7.0-beta.3 est sortie ce 22 octobre. Même moteur, mêmes résultats, sauf que le texte des captures n’est pas encore lu et que les vieux .doc, photos RAW et SVG restent réservés au Mac.
Deux mises en garde. L’installateur n’est pas encore signé : Windows affichera une alerte (« Informations complémentaires », puis « Exécuter quand même »), à n’accepter qu’avec un fichier pris sur la page GitHub officielle. Autre réalité : sans carte graphique exploitable, le modèle tourne sur le processeur, où une image demande plusieurs secondes (environ cinq sur un Core i5 de 2017). Une grosse photothèque peut prendre des heures.
L’alternative intégrée existe chez Microsoft, mais pas pour tout le monde. Sur les PC Copilot+, la recherche de Windows ajoute une indexation sémantique à l’indexation classique, pour les documents (PDF, Word, PowerPoint, Excel, texte) et les images (pas l’audio ni la vidéo, d’après la liste des formats). Selon la page d’aide de Microsoft, les données restent sur le PC et ne servent pas à entraîner des modèles.
Et chez Apple ? Spotlight cherche d’abord des noms, du texte et des métadonnées. Apple propose bien aux développeurs une recherche sémantique via Core Spotlight depuis 2024, mais chaque application doit l’adopter pour ses propres contenus. C’est ce vide que DigUp vient occuper dans la recherche de fichiers Mac : chercher par le sens dans des dossiers entiers, photos, PDF et enregistrements mêlés.
DigUp vaut-il le détour ?
Pour un usage personnel, oui, sans trop hésiter. L’installation est simple, le coût nul, et la promesse de base (retrouver une photo, une page ou un passage audio en le décrivant) est tenue par un modèle sérieux. Ceux qui accumulent captures d’écran et PDF de factures y gagneront le plus. On attendra en revanche quelques versions avant de l’installer sur des postes de travail : projet jeune, auteur unique, chiffrement de l’index non documenté. Pour une entreprise, c’est un prototype à tester sur un dossier témoin, pas un outil à déployer.
Commencez par un seul dossier, Captures d’écran ou Documents, plutôt que tout le disque : vous jugerez les résultats en français avant d’y consacrer une heure de calcul. Et pour les longs rapports, l’analyse d’un PDF par l’IA prend le relais une fois le document retrouvé.
Foire aux questions
DigUp est-il une application de Google ?
Non. L’application est développée par Abdur Rahim, un développeur indépendant, et son dépôt précise qu’elle n’est affiliée ni à Google, ni à Apple, ni à Microsoft. Google fournit le modèle, EmbeddingGemma 2, et son compte Google Gemma a fait la promotion de l’application le 13 octobre 2026.
DigUp est-il vraiment gratuit ?
Oui. L’application est gratuite et son code est publié sous licence MIT, donc libre de réutilisation. Ni abonnement, ni compte, ni version payante : l’auteur accepte seulement des dons facultatifs.
Quel Mac faut-il pour utiliser DigUp ?
Un Mac à puce Apple (M1 ou plus récent) sous macOS 14 Sonoma ou une version ultérieure. Prévoyez 865 Mo d’espace pour le modèle téléchargé au premier lancement, plus la place de l’index, qui grossit avec le nombre de fichiers lus. Les Mac Intel ne sont pas pris en charge.
DigUp envoie-t-il mes fichiers sur Internet ?
D’après l’éditeur, non : l’indexation et la recherche se font sur l’ordinateur. L’application ne se connecte que pour télécharger le modèle une fois et vérifier les mises à jour une fois par jour, sans rien transmettre sur vos fichiers. Cette vérification se coupe dans les réglages, et le code public permet de contrôler ces affirmations.
Sources
- Application of the GDPR : quand le règlement s’applique, et l’exception domestique, Commission européenne (page en anglais).
- Obligations des entreprises et organisations au titre du RGPD : sécurité des données et protection dès la conception, Commission européenne (page en anglais).
- Protection des données, Commission européenne.
- Pourquoi et comment bien gérer ses mises à jour ?, Cybermalveillance.gouv.fr (dispositif national d’assistance aux victimes de cybermalveillance).






