Ouvrir les yeux sur une photo : la retouche IA de Lightroom mobile, gratuite deux fois

Ouvrir les yeux sur une photo gâchée par un clignement tient désormais en un geste sur smartphone. Le 19 octobre 2026, Adobe a ajouté à Lightroom sur mobile une action rapide appelée Open Eyes, « Ouvrir les yeux » sur la fiche française de l’application : l’IA générative redessine des yeux ouverts là où la personne a cligné. Dans la même annonce, l’éditeur mettait en avant le Développement génératif, qui agrandit une image au-delà de son cadre.

Adobe parle d’un outil gratuit. La presse spécialisée a vite nuancé : deux essais, puis il faut payer. Voici comment rattraper des yeux fermés sur une photo, ce que l’outil coûte vraiment, où il se trompe et ce que l’AI Act comme le droit français disent d’une retouche qui touche à un visage.

Ce que fait l’outil Ouvrir les yeux de Lightroom

Photo de groupe en terrasse où un homme a les yeux fermés, le cas typique pour ouvrir les yeux sur une photo avec l’IA
Le cas d’école : tout le monde sourit, une seule personne cligne. Illustration générée par IA.

Le principe tient en trois temps. Lightroom analyse l’image. S’il repère des yeux fermés, il affiche une icône parmi les Actions rapides ; vous la touchez, l’application génère la correction. D’après le billet d’Adobe du 19 octobre, le résultat se veut naturel sur n’importe quel cliché. Et si votre bibliothèque Lightroom contient d’autres photos de la même personne, l’outil s’en sert pour reproduire la couleur, la forme et la taille de ses yeux.

C’est toute la différence avec l’ancienne méthode. Photoshop Elements sait rouvrir des yeux depuis près de dix ans, mais il recopie ceux d’une autre photo, avec des résultats inégaux dès que la lumière ou l’angle changent, rappelle The Verge. Ici, le modèle fabrique des yeux neufs, ajustés à l’éclairage et à la pose de l’image d’origine.

L’application tourne sur iPhone, iPad et Android. Lightroom sur ordinateur n’a pas la fonction, pas encore en tout cas. Détail qui intrigue : selon DPReview, l’interface laissait penser que la génération passait par Nano Banana, le modèle d’image de Google, plutôt que par Firefly, celui d’Adobe. L’éditeur ne l’a pas confirmé. La presse anglophone parle de Lightroom Open Eyes ; en France, Adobe emploie « Ouvrir les yeux » sur sa fiche Google Play.

Ouvrir les yeux sur une photo en 4 étapes

Pas de pinceau, pas de calque. La méthode est volontairement simple, comptez une minute.

  1. Mettez Lightroom à jour, puis ouvrez la photo dans l’application. Plus votre bibliothèque contient de portraits nets de la personne, mieux l’outil travaillera.
  2. Regardez les Actions rapides. L’icône n’apparaît que si l’application a détecté des yeux fermés ; sinon, il n’y a rien à toucher.
  3. Touchez l’icône. D’après l’essai publié par Videomaker, Lightroom demande alors la permission de parcourir votre galerie pour y chercher des images de référence. Sans elles, vous perdez en ressemblance.
  4. Zoomez sur le visage avant de valider : couleur de l’iris, reflets, paupières. Comparez avec une autre photo de la personne, puis exportez.

Le cas typique ? La photo de groupe où tout le monde sourit sauf un. Adobe cite aussi l’enfant qui ne tient pas en place, le fou rire entre amis et ces moments où « on en refait une » n’est pas une option. Pour des yeux fermés sur une photo de mariage ou de famille, le gain est réel : une retouche d’une minute au lieu d’un montage à la main dans Photoshop.

Gratuit ? Oui, deux fois

Le billet d’Adobe est net : un geste suffit pour ouvrir les yeux sur une photo, « for free », gratuitement. La réalité est plus étroite. DPReview, repris par The Verge, indique que la version gratuite de Lightroom mobile accorde deux utilisations d’Ouvrir les yeux, avant d’inviter à souscrire une offre. Videomaker parle de deux crédits génératifs offerts. Ensuite, l’outil puise dans votre quota de crédits, comme le Développement génératif et les autres fonctions d’IA de la suite.

Combien ça coûte en France ? Sur sa page Lightroom mobile, Adobe affiche une version gratuite (paramètres prédéfinis et outils de retouche de base), l’offre Lightroom Premium à 5,99 € TTC par mois, la formule Lightroom (1 To) à 14,62 € par mois avec 250 crédits génératifs mensuels, et la formule Photographie à 23,99 € avec 1 000 crédits. La FAQ des crédits d’Adobe attribue 100 crédits par mois à l’offre mobile et web. Tarifs relevés le 21 octobre 2026.

Reste une inconnue : combien de crédits coûte Lightroom Open Eyes à chaque correction. L’annonce d’Adobe n’en dit rien. Surveillez donc le compteur avant d’enchaîner les essais sur toute une série. Et si vous cherchez des outils qui restent vraiment gratuits, notre sélection d’IA gratuites sans abonnement fait le tri.

Limites et cas d’échec : là où l’IA se trompe

Les démonstrations d’Adobe sont flatteuses. Normal, elles s’appuient sur des images de référence nettes, où l’on voit bien les yeux du sujet. Dans le test de Videomaker, l’outil a produit des yeux réalistes… mais de la mauvaise couleur, alors même que Lightroom avait fouillé la galerie du téléphone à la recherche de références.

Deuxième piège : des yeux fermés sur une photo ne sont pas toujours un défaut. Quand quelqu’un éclate de rire, les yeux se ferment tout seuls. Plaquer un regard grand ouvert sur un fou rire donne un visage qui sonne faux, note le même essai. Franchement, mieux vaut garder la photo telle quelle.

Pour ouvrir les yeux sur une photo sans autre cliché de la personne, l’outil invente des yeux plausibles, pas forcément les siens. Sur un portrait que la famille connaît par cœur, l’écart saute aux yeux (sans jeu de mots). Videomaker rappelle d’ailleurs qu’il s’agit d’une première version, appelée à progresser.

Pour un travail fin, il reste Photoshop. On y obtient un résultat comparable avec les outils génératifs, mais ce n’est ni un geste unique ni gratuit, souligne The Verge. Si vous débutez, notre tutoriel pour remplacer le ciel sur Photoshop avec l’IA générative montre la logique de sélection et de génération, la même qui sert à reprendre un regard à la main.

Le Développement génératif, l’autre nouveauté sur mobile

Generative Expand s’appelle Développement génératif dans la version française de Lightroom. C’est le libellé des notes de version de l’App Store, où la fonction figure depuis la version 11.5 du 3 août 2026. Adobe l’a remise en avant le 19 octobre, en même temps qu’Ouvrir les yeux. Le principe : prolonger la scène au-delà du cadre d’origine pour adapter l’image à un autre format, sans toucher au sujet.

L’usage visé est concret. Une photo en paysage à publier en carré, un portrait trop serré pour une story verticale : le Développement génératif complète le décor manquant. Adobe cite les photos de voyage, de paysage, d’architecture et les portraits à qui il manque de l’arrière-plan.

D’après l’aide en ligne d’Adobe (en anglais), tout passe par l’outil de recadrage. Vous activez l’agrandissement, tirez les poignées au-delà des bords ou choisissez un ratio, voire un format de réseau social, puis lancez la génération et retenez l’une des variantes proposées. Deux conseils de l’éditeur méritent d’être suivis : agrandir par étapes plutôt que d’un coup, et passer le Développement génératif avant les autres retouches IA (Suppression générative, flou, masques). Chaque génération consomme des crédits génératifs.

Besoin inverse, isoler un sujet plutôt qu’agrandir son décor ? Notre comparatif des outils pour enlever le fond d’une image prend le relais.

Content Credentials : la retouche laisse une trace

Une image retouchée par l’IA d’Adobe ne repart pas anonyme. Depuis août 2026, l’éditeur déploie dans Creative Cloud, Firefly et ses autres applications l’ajout automatique de métadonnées C2PA, la norme derrière les Content Credentials, sur les contenus générés ou modifiés par IA générative. Y compris quand la génération passe par un modèle tiers intégré à ses outils, précise sa page consacrée à la transparence.

Ces métadonnées peuvent indiquer le nom et la version du système d’IA, le fait que l’image a été générée ou modifiée, la date et un identifiant unique. Adobe indique que cet ajout automatique est activé par défaut et ne se désactive pas.

Comment Ouvrir les yeux s’inscrit-il dans ce dispositif sur mobile ? L’annonce ne le détaille pas. Le plus sûr est de vérifier vous-même : déposez le fichier exporté dans Adobe Inspect ou dans l’outil Verify de la Content Authenticity Initiative, qui affichent les Content Credentials présents.

Lightroom mobile permet aussi d’ajouter volontairement des Content Credentials à l’export, en JPEG uniquement selon l’aide d’Adobe : nom de l’auteur, comptes de réseaux sociaux associés, historique des modifications, stockés dans le fichier ou dans un nuage public. Pour un photographe, c’est une manière de signer son travail tout en assumant la retouche. Notre article sur le workflow d’un graphiste avec l’IA détaille cette logique, du brief à la livraison.

AI Act : faut-il signaler des yeux rouverts par l’IA ?

Depuis le 2 août 2026, l’article 50 de l’AI Act s’applique, et il vise deux publics. Les fournisseurs d’outils génératifs, Adobe en l’occurrence, doivent marquer leurs images de façon lisible par une machine ; ceux dont l’outil était déjà sur le marché avant cette date ont jusqu’au 2 décembre 2026. Les utilisateurs qui diffusent un hypertrucage, une image manipulée par l’IA qui ressemble à une personne réelle et pourrait passer pour authentique, doivent signaler qu’elle a été générée ou manipulée.

Schéma en trois colonnes : retouches standard sans marquage, outils Ouvrir les yeux et Développement génératif à apprécier au cas par cas, modifications substantielles du visage à marquer
Les exemples des lignes directrices de la Commission (20 juillet 2026) et, au centre, notre lecture pour les deux outils de Lightroom mobile.

Bonne nouvelle pour les albums de famille : les obligations du règlement ne pèsent pas sur les particuliers qui utilisent l’IA dans une activité strictement personnelle et non professionnelle. Les lignes directrices publiées par la Commission le 20 juillet 2026 citent même l’exemple des hypertrucages des membres de son foyer. Le photographe de mariage, l’agence ou le service communication, eux, ne sont pas dans ce cas.

Où ranger des yeux rouverts ? Les mêmes lignes directrices classent la suppression des yeux rouges dus au flash parmi les retouches standard, et la « modification substantielle du visage » parmi celles à marquer. Ouvrir les yeux sur une photo se situe entre les deux. Le Développement génératif, lui, ressemble au « remplissage de pixels pour adapter le format », cité comme retouche standard, tant que le décor ajouté ne change pas le sens. La Commission renvoie à une appréciation au cas par cas : la retouche change-t-elle le sens, le style ou l’intention de l’image ?

Pour un usage professionnel, la prudence consiste à mentionner la retouche. Notre point sur ce que l’AI Act impose déjà en 2026 remet ces dates en perspective.

Photo de groupe, presse, identité : où s’arrêter

Ouvrir les yeux sur une photo de groupe, c’est modifier le visage d’un ami. En droit français, le droit à l’image découle du respect de la vie privée (article 9 du Code civil), et la CNIL rappelle que chacun peut s’opposer à la diffusion de sa photo sans son accord ; pour un mineur, il faut celui des parents. Avant de publier la photo de groupe retouchée, le plus simple reste de demander à la personne si le résultat lui convient.

Le Code pénal va plus loin. Son article 226-8 punit d’un an de prison et de 15 000 € d’amende la diffusion, sans consentement, d’un contenu visuel généré par un traitement algorithmique et représentant une personne, s’il n’apparaît pas à l’évidence qu’il s’agit d’un montage ou si ce n’est pas mentionné. En ligne, la peine monte à deux ans et 45 000 €. Une paire d’yeux rouverte sur une photo de vacances n’a rien d’une manipulation malveillante. Mais le texte le rappelle : consentement et mention règlent la question. Pour les cas graves, voyez ce que dit la loi sur les deepfakes.

Deux usages sont à exclure. La photo d’information, d’abord : une image de presse retouchée ne documente plus ce qui s’est passé, et c’est précisément ce que les Content Credentials et l’AI Act cherchent à rendre visible. La pièce d’identité, ensuite : Service-public.fr exige une photo de moins de six mois, ressemblante, prise par un professionnel habilité ou dans une cabine agréée, avec les yeux parfaitement visibles et ouverts. Un cliché retouché sur smartphone n’a rien à faire dans un dossier de passeport.

Foire aux questions

Ouvrir les yeux sur une photo avec Lightroom, est-ce gratuit ?

En partie. Adobe le présente comme gratuit, mais selon DPReview et Videomaker, la version gratuite de Lightroom mobile n’offre que deux utilisations. Ensuite, il faut une offre payante et des crédits génératifs : 100 par mois avec l’offre mobile et web, 250 avec la formule Lightroom, d’après Adobe. Le coût d’une correction en crédits n’est pas précisé dans l’annonce.

Lightroom Open Eyes fonctionne-t-il sur ordinateur ?

Pas pour l’instant. DPReview et Videomaker ne l’ont trouvé que dans l’application mobile, sur iPhone, iPad et Android. Sur ordinateur, Photoshop permet un résultat comparable avec ses outils génératifs, mais pas en un seul geste.

Faut-il d’autres photos de la personne ?

Ce n’est pas obligatoire, mais c’est conseillé. Adobe explique que les autres clichés de la personne présents dans votre bibliothèque Lightroom servent à reproduire la couleur, la forme et la taille de ses yeux. Sans eux, l’outil génère des yeux plausibles. Et le test de Videomaker montre qu’il peut se tromper de couleur même avec des références.

Peut-on retirer les Content Credentials d’une image retouchée ?

Adobe indique que l’ajout automatique de métadonnées C2PA, le socle des Content Credentials, aux contenus modifiés par IA générative ne se désactive pas dans ses applications. Pour un usage professionnel, l’AI Act pousse d’ailleurs dans l’autre sens : un hypertrucage diffusé doit être signalé. Mieux vaut assumer la retouche que la cacher.

Sources