We Are Human Festival : les films de l’ère de l’IA au Forum des images

Le We Are Human Festival tiendra sa première édition le mardi 24 novembre 2026 au Forum des images, à Paris, avec une règle que peu de festivals osent poser : chaque film doit mêler création humaine et intelligence artificielle, et chaque cinéaste doit dire comment il s’y est pris. Entrée gratuite, inscription obligatoire, places limitées.

Plus de 2 100 films reçus, venus de plus de 140 pays, selon l’organisateur. Vingt seulement passeront à l’écran. Le chiffre dit l’appétit des créateurs pour un lieu où l’on parle d’IA sans démonstration commerciale.

Voici ce que l’on sait du We Are Human Festival au 10 octobre 2026, ni plus ni moins. La sélection officielle sera dévoilée le 20 octobre, et les intervenants des grandes tables rondes ne sont pas encore annoncés.

Le We Are Human Festival, en clair

Salle de projection pendant le we are human festival, public face à un écran de court métrage
Une salle de cinéma parisienne avant une projection de courts métrages (image d’illustration générée par IA).

Derrière le festival, on trouve We Are Human, une association loi 1901 reconnue d’intérêt général, installée à Saint-Mandé. Son président et fondateur, Michael Swierczynski, n’arrive pas de nulle part : il a créé le Paris Virtual Film Festival, devenu NewImages Festival, l’un des rendez-vous des créations immersives… au Forum des images. Le choix du lieu n’a donc rien d’un hasard.

Le concept tient en une formule de l’organisateur : une édition, un article. Le festival s’appuie sur la Déclaration universelle des droits de l’homme de 1948 et compte en explorer les 30 articles, un par an, sur trente ans. Ambitieux ? Oui, mais le cap est clair.

Pour 2026, c’est l’article premier de la Déclaration : « Tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits. » Le festival le relit à l’aune des algorithmes. Quand un système décide de ce qui est visible ou audible, que devient l’égalité en dignité ? C’est la question posée aux cinéastes.

L’association insiste : ce n’est pas un salon technologique. Pas de stand, pas de démonstration de produit. Le We Are Human Festival dit reconnaître le coût écologique de l’IA et ses biais, et refuser que ces outils redessinent le monde sans vision humaine derrière. On peut trouver la posture un peu solennelle. Elle a le mérite d’être nette.

Qui cherchait un festival film IA à Paris tournait jusqu’ici autour de rendez-vous centrés sur la prouesse technique. Ici, la technique passe au second plan.

Un appel à films clos, des règles qui font débat

L’appel à films a couru du 1er juin au 30 septembre 2026. Il est fermé.

Les règles, elles, valent d’être lues de près, parce qu’elles donnent une définition assez précise de ce que l’organisateur appelle la création hybride :

  • des œuvres de 1 à 10 minutes, achevées le 1er juin 2025 ou après ;
  • tous les genres : fiction, documentaire, expérimental, poème vidéo, essai ;
  • une création humain/IA obligatoire, et l’exclusion explicite des œuvres générées uniquement par IA, sans direction créative humaine ;
  • deux œuvres au maximum par créateur, inscription gratuite, 18 ans et plus.

La frontière est intéressante. L’IA peut générer l’image, travailler le son, retoucher une vidéo tournée au téléphone, mais pas tenir la caméra à votre place. En pratique, où passe la limite entre « assisté » et « généré » ? Le festival ne tranche pas par un pourcentage, et c’est sans doute plus honnête qu’une règle chiffrée impossible à contrôler.

Si vous travaillez déjà ces outils, nos repères sur le workflow d’un script vidéo IA, du texte au montage, donnent une idée de la part humaine qu’un jury de ce type cherchera à voir.

Le carnet d’éthique, la vraie trouvaille

Chaque film déposé devait s’accompagner d’un carnet d’éthique. Quatre questions, dix minutes, rempli au moment de la soumission. Aucune réponse n’est éliminatoire. L’organisateur le répète : ce n’est pas un filtre de sélection.

Les quatre questions :

  1. Quels outils d’IA avez-vous utilisés ? Le carnet cite en exemple Runway, Midjourney, ElevenLabs, Suno et Sora.
  2. Quel rôle a tenu l’humain : l’IA comme assistante, un dialogue humain/IA, l’IA comme matière première montée par l’humain, une expérimentation libre ?
  3. Avez-vous rencontré des tensions éthiques : biais, représentation, origine des données, impact environnemental, paternité de l’œuvre ? « Aucune » est une réponse acceptée.
  4. Comment le film se rattache-t-il à l’article 1 ?

Pourquoi c’est la partie la plus utile du We Are Human Festival ? Parce qu’elle oblige à nommer les outils. Dans la production courante, les crédits d’un clip ou d’une publicité taisent presque toujours la part de la machine. Ici, le carnet sera présenté avec le film, nourrira les débats, et l’ensemble des carnets doit être publié après le festival. Une sorte d’archive de la création assistée en 2026, avec ses doutes.

Un réalisateur qui a doublé un personnage avec une voix de synthèse (voir notre tuto ElevenLabs sur les voix de synthèse) devra le dire. Le geste paraît modeste. Il ne l’est pas.

Le programme du 24 novembre au Forum des images

Le programme officiel du We Are Human Festival décrit une journée en trois blocs : projections des 20 films de la sélection tout au long de la journée, conversations et ateliers l’après-midi, cérémonie de remise des prix le soir.

Quatre grandes conversations, de 14 h 15 à 19 h

Chaque table ronde dure une heure. Les intervenants sont « à annoncer », écrit l’organisateur ; nous ne citerons donc personne.

  • 14 h 15, « Inside the Mind of Machines » : comment les systèmes apprennent à générer des images, avec quelles données, quels biais, et quel consentement.
  • 15 h 30, « The Battle for Our Imaginations » : quand la machine entre dans la salle d’écriture, comment créditer, rémunérer et protéger les auteurs ?
  • 16 h 45, « Creating with the Monster? » : ce que devient l’artiste quand la machine entre dans l’atelier, œuvres à l’écran.
  • 18 h, « Artificial Powers » : hypertrucages électoraux, images de guerre générées, archives manipulées. Quels droits rendre non négociables quand une image n’est plus une preuve ?

Trois ateliers, de 14 h à 17 h 30

Trois ateliers d’une heure, sur inscription. À 14 h, Augustin Remay (Café IA) anime un échange sur les inégalités d’accès à l’IA et le coût matériel des centres de données. À 15 h 15, Philippe Trotin (Microsoft France) propose de tester des outils d’accessibilité. À 16 h 30, Pierre Saal et Damien Rabiller (Elessar Labs) font écrire un prompt collectif, puis produire une animation à partir de l’article 1.

La soirée, de 19 h 30 à 21 h 15

Trois prix seront remis par un jury dont la composition doit être annoncée environ un mois avant : Grand Prix (5 000 €), prix du Meilleur scénario (3 000 €) et prix de l’Éthique (2 000 €), soit 10 000 € au total.

Un détail à garder en tête : la page du Forum des images affiche des horaires un peu différents (14 h 30 à 18 h 30 pour l’après-midi, 19 h 30 à 21 h pour la soirée). Vérifiez l’heure exacte de la séance qui vous intéresse le jour de l’inscription.

Après Paris, une tournée de São Paulo à Genève

Le We Are Human Festival ne s’arrête pas au Forum des images. La même sélection part ensuite en tournée, avec dans chaque ville un débat mené sur place autour d’un thème local. L’idée, défendue sur la page International, est qu’un film sur les droits humains ne se reçoit pas de la même façon à Nairobi et à New York.

Frise des dates de la tournée du We Are Human Festival de Paris à Genève
Les huit étapes annoncées de la première édition, de novembre 2026 à mars 2027 (source : site officiel du festival).
  • São Paulo, 10 décembre 2026, avec le Festival MixBrasil : dynamiques culturelles en Amérique du Sud.
  • New York, 17 décembre 2026, au Lycée Français de New York : visibilité internationale et industries créatives.
  • Nairobi, 20 janvier 2027, à l’Alliance française : voix africaines et technologies émergentes.
  • Johannesburg, 28 janvier 2027, au Tshimologong Digital Innovation Precinct (Université du Witwatersrand) : perspectives africaines et post-coloniales.
  • Mumbai, 26 au 28 février 2027, avec le festival AniMela : création numérique et récits émergents.
  • Quito, 15 et 16 mars 2027, à l’Université andine Simón Bolívar : souveraineté culturelle et gouvernance des médias.
  • Genève, mars 2027, à la Fondation Plaza : droits humains et institutions internationales.

Pour les 20 cinéastes retenus, c’est l’atout le plus concret : huit villes, des salles, un public.

Cinéma et intelligence artificielle : droits, éthique, transparence

Le festival ne fait pas de droit, mais ses tables rondes recoupent les questions que se posent créateurs et producteurs. La rencontre entre cinéma et intelligence artificielle se joue sur trois terrains.

Les données et le consentement

Avec quelles images un modèle a-t-il appris ? Avec l’accord de qui ? La première conversation du 24 novembre pose la question sans détour. Pour un auteur français, elle rejoint celle des droits sur ce qu’il génère. Nous avons fait le point sur les créations générées par IA et le droit d’auteur : la protection dépend toujours de l’apport créatif humain, ce qui rejoint au fond la règle d’éligibilité du festival.

La transparence, désormais encadrée par l’AI Act

L’exigence de transparence du carnet d’éthique n’est plus seulement une affaire de déontologie. L’article 50 du règlement européen sur l’IA impose aux déployeurs d’un système qui génère ou manipule des images, des sons ou des vidéos constituant un hypertrucage d’indiquer que le contenu a été généré ou manipulé par une IA. Le texte prévoit un régime allégé pour les œuvres manifestement artistiques, créatives, satiriques ou fictives : l’obligation se limite alors à signaler l’existence de ces contenus, d’une manière appropriée qui n’entrave ni l’affichage ni la jouissance de l’œuvre. Les fournisseurs d’outils doivent de leur côté marquer les contenus de synthèse dans un format lisible par machine.

En clair, un court métrage de fiction peut garder son générique et ses effets, mais doit dire quelque part qu’il contient des images de synthèse réalistes. Le calendrier d’application est détaillé dans notre article sur ce qui s’applique déjà avec l’AI Act en 2026.

L’image comme preuve

La dernière table ronde, « Artificial Powers », touche au point le plus sensible : que vaut une image quand n’importe qui peut fabriquer une scène de guerre crédible ? Côté spectateur, quelques réflexes aident à détecter les deepfakes en vidéo.

Ce qu’un créatif français peut en retirer

Vous réalisez des clips, des pubs, des courts, ou vous testez simplement les générateurs vidéo le week-end ? Trois raisons de bloquer l’après-midi du 24 novembre.

D’abord, voir ce que d’autres font vraiment avec les outils. Vingt films sur plus de 2 100 : pour un premier festival film IA, le filtre est sévère, et l’échantillon sera plus parlant qu’une démonstration d’éditeur. Si vous hésitez encore entre les générateurs, notre comparatif du meilleur générateur de vidéo IA en 2026 vous donnera des points de repère avant d’y aller.

Ensuite, entendre parler de cinéma et intelligence artificielle par des gens qui produisent, pas seulement par des juristes. La table ronde de 15 h 30 sur la rémunération et le crédit des auteurs vise directement les scénaristes et les monteurs.

Enfin, le carnet d’éthique est un modèle à reprendre. Rien ne vous empêche d’en adopter les quatre questions pour vos propres projets, même commerciaux. Un client qui demande « qu’est-ce qui a été fait par l’IA ? » recevra une réponse prête. Et avec l’article 50 de l’AI Act, cette question va revenir souvent.

Une réserve, quand même : ni sélection ni jury ne sont publics à ce jour. L’intention est claire ; le résultat reste à voir sur l’écran.

Comment assister au We Are Human Festival

L’entrée est gratuite pour toute la journée, conversations et ateliers compris. L’inscription est obligatoire et la jauge limitée : l’organisateur le précise pour chaque séance. Le lien d’inscription se trouve sur la page programme du site officiel (bouton « Register for free »).

Le Forum des images se trouve 2 rue du Cinéma, Paris 1er, dans le Forum des Halles. Accès par le métro Les Halles (ligne 4) ou Châtelet (lignes 1, 7 et 14), et par le RER A, B ou D à Châtelet-Les Halles. Le lieu est fermé le lundi, ce qui ne pose pas de problème : le 24 novembre 2026 tombe un mardi.

Pour suivre l’actualité du lieu, la page du festival sur le site du Forum des images reprend le programme.

Notre conseil : inscrivez-vous à une table ronde et à un atelier plutôt qu’à toute la journée, et gardez la soirée pour les films du We Are Human Festival. C’est là que tout se joue.

Foire aux questions

Le We Are Human Festival est-il payant ?

Non. L’entrée est gratuite pour les projections, les conversations, les ateliers et la cérémonie du 24 novembre 2026 au Forum des images. L’inscription reste obligatoire, séance par séance, et le nombre de places est limité. Le lien d’inscription figure sur la page programme du site officiel du festival.

Peut-on encore envoyer un film ?

Non, pas pour cette édition. L’appel à films était ouvert du 1er juin au 30 septembre 2026 et il est clos. La prochaine édition sera consacrée à un autre article de la Déclaration universelle des droits de l’homme. Le prochain appel sera publié sur le site officiel.

Un film entièrement généré par IA est-il accepté ?

Non. Le règlement du We Are Human Festival exige une création hybride humain/IA et exclut les œuvres générées uniquement par IA, sans direction créative humaine. L’IA peut produire des images, du son ou de la musique, mais la vision et les choix doivent rester ceux d’un auteur. Le carnet d’éthique sert justement à décrire ce partage.

Quand connaîtra-t-on les films sélectionnés ?

Le 20 octobre 2026, selon l’organisateur. Vingt films composeront la sélection officielle, choisis par un comité artistique indépendant parmi plus de 2 100 propositions venues de plus de 140 pays. Le jury qui remettra les trois prix doit être annoncé environ un mois avant le festival.

Sources