Une publicité générée par IA de 60 secondes, tirée d’un spot AXE abandonné faute de budget en 2021 : c’est le récit que la réalisatrice Cassandra Brooksbank a publié le 20 octobre 2026 sur No Film School. La veille, ElevenLabs ouvrait la saison 2 des Chroma Awards, un concours doté d’une division Publicité. De quoi regarder de près comment se fabrique une pub IA en 2026.
Et pourquoi la diffuser demande plus de soin que la fabriquer. Depuis le 2 août 2026, l’article 50 (AI Act) impose de signaler certains contenus de synthèse. En France, la loi du 9 juin 2023 exige déjà la mention « Images virtuelles » dans l’influence commerciale.

Les faits, d’abord. En 2021, Cassandra Brooksbank, réalisatrice de films publicitaires, propose de tourner un spot AXE conçu chez The Martin Agency. Le projet, lourd en effets visuels, est mis de côté pour des raisons budgétaires. Cinq ans plus tard, elle le refait sans plateau : For Days That Run Hot, 60 secondes, présenté dans ses crédits comme un « spec » indépendant et non officiel : la marque n’a rien commandé.
Le pitch tient en une ligne : dans le métro new-yorkais, un passager transpire tant que sa doudoune orange gonfle jusqu’à la catastrophe. Aucun acteur réel.
Un détail change la lecture. La réalisatrice est directrice de création chez Absurd, la plateforme qu’elle a utilisée, et le producteur exécutif crédité, Philip Ho, en est le cofondateur. Pas de quoi jeter le récit, mais de quoi s’en tenir aux faits vérifiables, tirés d’un seul témoignage et sans aucun chiffre de coût.
Ce qui frappe, dans cette publicité générée par IA, c’est l’ordre des opérations. Celui d’un tournage classique, où la vidéo n’arrive qu’à la sixième étape :
Le casting et les décors font le gros du travail : sans références figées, les visages changent d’un plan à l’autre (voir notre méthode pour créer un personnage cohérent avec l’IA). Le storyboard devient la feuille de route des prompts ; les outils sont comparés dans notre article sur le storyboard IA.
Où se joue le gain, alors ? Dans la préparation verrouillée plus que dans la génération. Le même réflexe vaut pour un studio qui intègre l’IA à un workflow de graphiste. On décide d’abord. On génère ensuite.
Pas d’outil miracle, plutôt un assemblage piloté depuis Absurd :
Et le prix ? Rien. Le récit évoque un suivi du budget dans la plateforme, sans le moindre montant. Méfiez-vous donc de quiconque avance un chiffre à sa place. Ce qu’on peut retenir, c’est la logique de coût : chaque essai se paie, en crédits ou en abonnement. Tester en basse définition et ne rendre en 1080p que les prises retenues, c’est l’économie la plus facile à copier.
Le poste absent des factures, c’est le temps humain : écrire, choisir, verrouiller, monter. Les textes (accroche, voix off) gagnent aussi à rester entre des mains humaines, comme nous l’expliquions à propos de l’IA pour le copywriting. Côté concours, ElevenLabs annonce 1 million de dollars d’essais gratuits et de promotions offerts par les sponsors des Chroma Awards.
L’article 50 du règlement (UE) 2024/1689 s’applique depuis le 2 août 2026. Les fournisseurs d’outils génératifs marquent leurs sorties dans un format lisible par machine (paragraphe 2) ; les outils déjà sur le marché avant cette date ont jusqu’au 2 décembre 2026 (article 111, paragraphe 4). Les déployeurs, qui utilisent l’outil à titre professionnel, signalent les hypertrucages (paragraphe 4).
Qui est déployeur quand une publicité générée par IA sort d’une agence ? Les lignes directrices de la Commission du 20 juillet 2026 sont nettes : l’agence l’est, ses salariés non. L’annonceur qui commande un film sans rien décider de l’usage de l’IA ne l’est pas.
Reste à savoir si votre film est un hypertrucage : un contenu qui ressemble à des personnes, objets, lieux ou événements existants et pourrait passer à tort pour authentique. Les exemples de la Commission parlent d’eux-mêmes :
Une pub « manifestement » créative ou fictive n’exige qu’une mention discrète. Parfois seulement : la Commission juge au cas par cas et exclut, par exemple, un faux téléachat joué par des consommateurs de synthèse. Pour le spot AXE, notre lecture reste prudente : la doudoune qui explose tient de la fiction évidente, mais des passagers photoréalistes dans un métro crédible justifient un carton final « images générées par IA ». Il coûte peu et évite le débat.
La mention doit être claire dès la première exposition ; le filigrane invisible du fournisseur ne suffit pas. Le code de bonnes pratiques du 10 juin 2026 détaille la méthode, et l’UE propose des icônes communes. Amende maximale : 15 millions d’euros ou 3 % du chiffre d’affaires mondial. En France, le schéma de la DGE confie ce contrôle à la DGCCRF et à l’Arcom, sous réserve du vote d’une loi. Le reste du calendrier est dans notre point sur ce que l’AI Act impose déjà.
Si votre pub IA passe par un créateur de contenu rémunéré, une règle française s’ajoute. L’article 5 de la loi n° 2023-451, dans sa version du 8 novembre 2024, vise l’influence commerciale. Quand ces contenus comprennent des images produites par un procédé d’IA visant à représenter un visage ou une silhouette, ils portent la mention « Images virtuelles ».
Notez le pluriel : on lit souvent « mention image virtuelle », mais le texte dit « Images virtuelles ». Elle doit être claire, lisible et compréhensible sur tout support, et peut céder la place à une mention équivalente adaptée au format. Le manquement coûte jusqu’à un an d’emprisonnement et 4 500 euros d’amende. Pour une silhouette affinée ou un visage retouché par logiciel, c’est « Images retouchées ».
Le champ reste étroit : un spot diffusé par la marque elle-même, à la télévision, n’entre pas dans cet article. Un sénateur a demandé en avril 2026 d’étendre une mention de ce type à toute la publicité. Réponse du gouvernement, le 1er mai : priorité à l’article 50 (AI Act), au niveau européen. Aucune extension française n’y est annoncée.
Une publicité générée par IA dûment étiquetée n’est pas pour autant en règle. La Commission le rappelle : un hypertrucage signalé doit respecter les droits sur l’image et la voix, le droit des marques, le droit d’auteur et les règles contre la publicité trompeuse.
En France, l’article 226-8 du Code pénal punit d’un an d’emprisonnement et 15 000 euros d’amende la diffusion, sans consentement, d’un contenu généré par algorithme représentant l’image ou les paroles d’une personne, sauf si son caractère artificiel est évident ou expressément mentionné. En ligne : deux ans et 45 000 euros. Cloner la voix d’un comédien sans son accord écrit ? À proscrire. Voir nos repères sur la voix de marque IA et le consentement et sur les deepfakes face à la loi.
Les personnages entièrement synthétiques posent moins de soucis, tant qu’ils ne ressemblent à personne. La réalisatrice du spot AXE le précise : avec un acteur connu, elle aurait casté une vraie personne et obtenu les autorisations. Un produit embelli au point de tromper sur ses caractéristiques relève, lui, des pratiques commerciales trompeuses. Quant aux droits sur le film lui-même, la question reste discutée (voir notre point sur les créations générées par IA et le droit d’auteur).

Les Chroma Awards sont un concours de création assistée par IA, incubé et administré par ElevenLabs. La première saison, en 2025, a réuni plus de 5 550 créateurs de 122 pays et plus de 6 600 projets, selon l’annonce de la saison 2.
La date limite, d’abord, car ce billet se contredit : 1er janvier 2027 en introduction, 7 janvier plus bas. Le règlement officiel tranche : dépôts du 19 octobre 2026 au 7 janvier 2027 à 23 h 45, heure du Pacifique, soit le 8 janvier à 8 h 45 à Paris. Il autorise toutefois à décaler ces dates sur simple avis : visez la fin décembre. Lauréats vers le 11 février 2027, gala vers avril.
La division Publicité (35 000 dollars de prix) accepte une pub IA « spec » pour une marque imaginaire, ou une pub que vous avez réalisée à titre professionnel. Sept catégories : automobile (11 000 dollars, avec Cars24), produits de consommation, expérimental, mode, services financiers, alimentation et boissons, télécoms (3 500 dollars chacune, dont 2 000 au premier). S’y ajoutent le prix Kling de la pub de l’année et une catégorie coulisses pour les making-of publicitaires.
Ce qui compte pour un candidat français, d’après le règlement et la foire aux questions des Chroma Awards :
Conséquence pour notre étude de cas : un spec AXE non officiel exigerait l’accord écrit du titulaire de la marque. Le jury des Chroma Awards note quatre critères à parts égales (thème, créativité et usage de l’IA, qualité technique, son et émotion). Les gagnants déclarent eux-mêmes leurs gains (un formulaire fiscal américain W-8BEN peut être demandé). Le tutoriel officiel ci-dessous montre le dépôt.
Pas toujours. Depuis le 2 août 2026, l’article 50 (AI Act) impose de signaler les hypertrucages, ces contenus réalistes qui pourraient passer pour authentiques ; une œuvre manifestement fictive s’en tient à une mention discrète. Dans l’influence commerciale, la mention « Images virtuelles » s’impose pour tout visage ou silhouette généré. Et un produit embelli au point de tromper reste interdit, mention ou pas.
Non. L’article 5 de la loi du 9 juin 2023 vise les personnes qui exercent l’influence commerciale en ligne, contre rémunération. Un spot diffusé par la marque à la télévision n’y entre pas. Il peut en revanche relever de l’article 50 (AI Act) s’il contient un hypertrucage.
Oui, la France n’est pas exclue. Il faut avoir 18 ans, déposer en son nom ou en équipe (jamais au nom d’une entreprise) et sous-titrer les dialogues en anglais. Agents publics : vérifiez la clause d’exclusion. Clôture le 7 janvier 2027 à 23 h 45 heure du Pacifique, soit le 8 janvier à 8 h 45 à Paris.
Personne ne le sait : la réalisatrice n’a publié aucun montant. Tout dépend des crédits ou abonnements des outils, du nombre d’essais et du temps humain, souvent le plus gros poste.
© 2026 IAFocus - Tout sur l'Intelligence Artificielle en Français.
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