Écrire une histoire d’horreur avec l’IA : méthode et prompts pour Halloween
Vous voulez écrire une histoire d’horreur pour le 31 octobre, et l’assistant vous ressert la maison isolée, l’orage et l’enfant qui fredonne au bout du couloir ? Rien d’étonnant. Anthropic l’écrit lui-même dans son guide de prompts, à propos de design web : sans consignes, les modèles peuvent « se rabattre sur des schémas génériques ». En fiction, le schéma générique porte un nom. Le cliché.
Halloween tombe un samedi cette année. Il reste le temps d’écrire une histoire d’horreur courte, avec une méthode en six prompts en français, valable dans ChatGPT, Claude ou Vibe (le nouveau nom du Chat de Mistral). La machine propose, vous tranchez, et vous écrivez les passages qui doivent faire peur. Pour un projet plus long, voyez notre article sur l’écriture d’un roman avec l’IA.
D’abord la peur, ensuite le monstre

Pour écrire une histoire d’horreur, choisissez la peur avant la créature. Perdre le contrôle de son corps ? Voir un lieu familier se dérégler ? Chaque peur appelle un récit différent, et aucun assistant ne choisira à votre place.
Maupassant n’a pas eu besoin d’un monstre visible. Le Horla, que la Bibliothèque nationale de France classe comme nouvelle fantastique, paraît en 1887 sous sa forme longue : un journal tenu du 8 mai au 10 septembre. La première alerte est domestique. Le narrateur se couche avec une carafe pleine et la retrouve vide en pleine nuit. Puis il se soupçonne lui-même : serait-il somnambule ?
Un objet banal et une explication qui vacille : c’est le bon gabarit pour votre propre nouvelle fantastique. L’IA rend service ici : elle sort vite beaucoup de pistes, à vous de trier.
Vous êtes éditeur de nouvelles
fantastiques. Proposez dix
prémisses d’histoire d’horreur, en
deux phrases chacune. Chaque
prémisse se passe dans un lieu
ordinaire (laverie, TER de nuit,
parking souterrain) et repose sur
une seule règle surnaturelle.
Indiquez la peur visée : perte de
contrôle, isolement, contamination
ou familier qui se dérègle.
Classez enfin les dix avec cette
échelle : banale, correcte,
intrigante, dérangeante.Gardez les « dérangeantes », jetez le reste sans regret. Le prompt impose un lieu au lieu d’interdire la maison hantée : le guide d’Anthropic conseille de dire au modèle ce qu’il doit faire plutôt que ce qu’il doit éviter. Il parle de mise en forme, mais le principe tient aussi pour le fond.
Une créature qui obéit à des règles
Une histoire d’horreur dont la menace peut tout ne fait pas peur longtemps. Le Horla a ses habitudes : lors des épreuves que lui tend le narrateur, il boit l’eau et un peu de lait, mais ne touche ni au vin, ni au pain, ni aux fraises. Ce détail presque comique le rend plus réel qu’une description de griffes.
Donnez donc une logique à votre menace : ce qu’elle veut, ce qu’elle ne peut pas faire, comment elle se montre, ce qu’elle coûte au personnage.
Voici ma prémisse : [collez-la].
Listez d’abord les cinq choix
qu’un lecteur attendrait pour
cette prémisse. Puis rédigez la
fiche de la menace sans ces cinq
choix : ce qu’elle veut, ce
qu’elle ne peut pas faire, comment
elle se manifeste, ce qu’elle
coûte au héros, ce qu’on ne saura
jamais.L’astuce, c’est la liste préalable. L’assistant vous montre le cliché avant de l’écrire, quitte à en reprendre un, sciemment. La rubrique « ce qu’on ne saura jamais » compte autant : une créature entièrement expliquée perd la moitié de son pouvoir.
Écrire une histoire d’horreur en six temps

La tension ne monte pas en ligne droite. Le schéma découpe le récit en six temps : le quotidien, la fissure, la fausse explication, la répétition qui s’aggrave, le point de non-retour, la chute. Le troisième est le plus sous-estimé. Le personnage trouve une raison rassurante (la fatigue, un voisin, le somnambulisme chez Maupassant), le lecteur souffle, et la répétition suivante frappe plus fort. C’est une grille de travail, à casser au besoin.
Pour écrire une histoire d’horreur avec un modèle, décrivez la tension en mots. Le guide de prompts de Mistral recommande des échelles en mots plutôt que des notes de 1 à 5 quand on demande au modèle d’évaluer. La même idée sert ici à étiqueter chaque scène.
À partir de cette prémisse et de
cette fiche, proposez le plan de
cette nouvelle fantastique en six
scènes. Pour chacune : le lieu, ce
que le personnage remarque, ce
qu’il en conclut, et la tension,
choisie dans cette liste : calme,
malaise, accalmie, inquiétude,
peur, effroi. Prévoyez une fausse
accalmie à la scène 3.Ensuite, une scène par demande. Mistral range la génération d’un livre entier en une seule fois parmi les exemples à éviter, et Anthropic juge l’enchaînement de prompts utile quand il faut inspecter les étapes intermédiaires. C’est le cas.
Écrivez seulement la scène 2 de
cette histoire d’horreur, au passé
simple, à la première personne.
Restez sur les sensations : un
son, une odeur, un geste. Le
personnage ne nomme jamais sa
peur. Terminez sur un détail
concret.Corrigez chaque scène avant de demander la suivante : votre version sert de contexte à la scène d’après.
La chute, là où les premiers jets déçoivent
C’est souvent la fin qui fait ou défait une histoire d’horreur. Le risque, avec un texte généré d’un trait : tout expliquer, sauver tout le monde, finir sur une morale. Une bonne chute laisse au contraire quelque chose ouvert.
Le Horla en donne la mesure. Le narrateur fait poser une persienne et une porte de fer, enferme la chose (croit-il) et met le feu à sa maison, en oubliant ses domestiques. Puis le doute revient : un être que la lumière traverse meurt-il dans un incendie ? La dernière ligne conclut qu’il va devoir se tuer lui-même. La menace survit peut-être. Le prix, lui, est certain.
Voici l’histoire d’horreur jusqu’à
la scène 5 : [collez-la]. Proposez
cinq chutes, une phrase chacune :
la menace survit, le héros devient
la menace, la règle se retourne
contre lui, un détail du début
change de sens, l’histoire
recommence. Dites ce que chacune
laisse en suspens. N’écrivez
aucune scène.Choisissez, puis écrivez la dernière page vous-même. C’est celle dont le lecteur se souviendra.
Ce que disent les guides officiels de prompts
Avant d’écrire une histoire d’horreur avec un assistant, lisez les guides des éditeurs. Le guide « Prompt engineering » d’OpenAI découpe un prompt en sections, généralement dans cet ordre : identité, instructions, exemples, contexte. Il conseille les balises XML pour délimiter les blocs et compare les modèles GPT à un collègue junior qui attend des instructions explicites.
Anthropic publie son guide des bonnes pratiques en français. Il demande de voir Claude comme « un employé brillant mais nouveau ». Deux conseils servent directement la fiction : expliquer pourquoi une consigne compte, et fournir de trois à cinq exemples, encadrés de balises <example>.
Le guide de Mistral part d’un rôle et d’une tâche, puis liste ce qu’il faut éviter : les mots flous comme « intéressant » ou « mieux », les consignes contradictoires, les demandes qui obligent le modèle à compter des mots. Pour une histoire d’horreur, « rendez-la plus effrayante » est la consigne floue type. Dites plutôt quoi changer : « retardez d’une scène l’apparition de la créature ». Notre méthode pour rédiger des prompts ChatGPT efficaces les applique au quotidien.
ChatGPT, Claude, Vibe : garder la bible de l’histoire sous la main
Écrire une histoire d’horreur prend plusieurs séances. Plutôt que de recoller la prémisse et la fiche à chaque fois, rangez-les dans l’outil.
Dans ChatGPT
Un projet regroupe les conversations, les fichiers et les instructions d’un même travail. Déposez-y vos fiches, puis écrivez vos règles (temps du récit, point de vue) dans les instructions du projet. L’option de mémoire réservée au projet évite que vos autres conversations s’invitent dans le récit.
Dans Claude
Les projets de Claude fonctionnent de façon proche : des instructions appliquées à chaque conversation du projet et une base de fichiers commune. Le menu de styles d’écriture est abandonné, et ce sont désormais les skills qui font ce travail, indique la formation officielle d’Anthropic. Une skill « relecteur d’horreur », avec vos consignes et deux pages de votre main, fera l’affaire.
Dans Vibe, l’ex-Chat de Mistral
Le Chat s’appelle désormais Vibe, et vos conversations ont suivi. L’équivalent s’y nomme aussi Skills : des instructions réutilisables, créées depuis le menu Context ou en demandant à l’assistant d’enregistrer une méthode mise au point en conversation, selon la documentation de Vibe. On l’appelle en tapant / dans la conversation. Pour l’abonnement, voyez notre comparatif ChatGPT ou Claude.
Garder sa voix : l’IA relit, vous écrivez
Le meilleur exemple à donner au modèle, c’est vous. Écrivez la première page vous-même et collez-la comme référence de ton : les trois guides recommandent des exemples, et aucun ne vaut une page de votre main. Puis servez-vous de l’assistant comme d’un relecteur, pas comme d’une plume.
Relisez cette scène comme un
éditeur exigeant. Ne réécrivez
rien. Listez les passages où la
peur est expliquée au lieu d’être
montrée, les clichés, les
adjectifs qui surjouent et les
phrases qui ne sonnent pas comme
ma page d’exemple. Dites pourquoi
chacun coince.Anthropic décrit ce schéma (brouillon, examen, version affinée) comme l’enchaînement le plus courant. Sauf qu’ici, c’est vous qui affinez.
Restent les réflexes de langue. Pour une nouvelle fantastique en français, précisez le temps du récit : passé simple, passé composé et présent ne créent pas la même distance (Le Horla, écrit en journal, mêle surtout passé composé et présent). Traquez les calques de l’anglais, les guillemets à l’anglaise dans les dialogues, les tirets cadratins semés partout. Un modèle qui écrit un français correct n’écrit pas forcément comme un auteur français, et c’est franchement là que l’écriture avec l’IA se joue.
Nos bonnes pratiques pour écrire avec l’IA détaillent comment garder sa voix, et notre dossier sur la dette cognitive, ce que la délégation fait à l’écriture.
Droits d’auteur : ce qui vous appartient vraiment
Le Code de la propriété intellectuelle protège l’auteur d’une œuvre de l’esprit « du seul fait de sa création » (article L111-1), quels qu’en soient le genre, la forme d’expression, le mérite ou la destination (article L112-1). Une histoire d’horreur relève des écrits littéraires de l’article L112-2, et la qualité d’auteur revient, sauf preuve contraire, à celui sous le nom duquel l’œuvre est divulguée (article L113-1).
L’écriture avec l’IA ne change pas le cadre. Ces articles raisonnent en personnes : le droit moral « est attaché à sa personne », dit l’article L121-1. Rien, dans ces textes, ne fait d’un logiciel un auteur. Ce qui se protège, c’est l’apport humain.
Aux États-Unis, le Copyright Office a posé la limite en janvier 2025 : en l’état de la technique, les prompts seuls ne donnent pas un contrôle suffisant sur le résultat. Restent protégeables ce que vous écrivez vous-même, la sélection et l’agencement des passages générés, vos modifications créatives. Ce rapport ne lie pas les juges français. Bonne boussole, pourtant : plus la nouvelle porte votre main, plus elle est à vous.
Les conditions des éditeurs n’y changent rien. Anthropic vous cède ses droits sur les réponses de Claude, « s’il y en a ». Mistral écrit, dans ses conditions pour les consommateurs européens, que les réponses de Vibe vous appartiennent et vous cède ses droits éventuels. OpenAI prévoit une clause du même type. Ce « s’il y en a » dit tout : une plateforme ne peut pas céder un droit d’auteur que la loi n’accorde pas.
Gardez donc les traces, versions successives et prompts compris : elles montrent ce qui vient de vous. Notre point sur les créations générées par IA et vos droits va plus loin, et si la nouvelle devient un recueil, voyez comment utiliser l’IA pour écrire un livre.
Foire aux questions
Peut-on écrire une histoire d’horreur entière en un seul prompt ?
Techniquement, oui. Mais le guide de Mistral range la génération d’un livre entier d’un seul coup parmi les pratiques à éviter, et un texte produit d’un bloc vous laisse peu de prise sur la tension. Sans apport créatif de votre part, sa protection par le droit d’auteur devient aussi très incertaine.
Faut-il signaler qu’une nouvelle a été écrite avec l’IA ?
L’article 50 de l’AI Act oblige à signaler les textes générés par IA publiés pour informer le public sur des questions d’intérêt public, sauf relecture humaine sous la responsabilité éditoriale d’une personne. Une histoire d’horreur n’entre pas dans ce cas. Pour un hypertrucage (image, son ou vidéo) intégré à une œuvre manifestement fictive, l’obligation se limite à une mention qui ne gêne pas l’œuvre. Un concours ou un éditeur peut fixer ses propres règles : lisez-les.
Quel assistant choisir pour une nouvelle fantastique en français ?
Le plus fiable reste votre propre essai. Passez le même prompt de scène dans ChatGPT, Claude et Vibe, puis gardez celui dont vous corrigeriez le moins de phrases. Jugez la langue (dialogues, calques de l’anglais) plus que l’idée : l’idée, c’est vous qui l’apportez.
Faut-il écrire ses prompts en anglais ?
Non. Aucun des trois guides ne l’exige, et Anthropic publie le sien en français. Pour écrire une histoire d’horreur en français, rédigez la consigne en français. Gardez-la précise : un rôle et une tâche nets, plus une page d’exemple.
Sources
- Légifrance, Code de la propriété intellectuelle, article L111-1 (version en vigueur)
- Légifrance, Code de la propriété intellectuelle, article L112-1
- Légifrance, Code de la propriété intellectuelle, article L112-2
- Légifrance, Code de la propriété intellectuelle, article L113-1
- Légifrance, Code de la propriété intellectuelle, article L121-1
- Commission européenne, AI Act Service Desk : article 50 du règlement sur l’IA (texte consolidé)
- U.S. Copyright Office, Copyright and Artificial Intelligence, Part 2: Copyrightability (janvier 2025)
- Bibliothèque nationale de France, notice « Le Horla » de Guy de Maupassant



